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Le mot de Yvan Huberman – DATABASE59
Juin 032011
 
Depuis 15 ans, une association basée au centre-ville offre des locaux abordables aux artistes et artisans de la région, permettant aussi les collaborations avec ceux qui sont de passage. 

Sans ce bâtiment, à Genève comme ailleurs, par dizaines et centaines,
des disques n’auraient jamais été produits,
des concerts n’auraient jamais eu lieu,
des oeuvres d’art n’auraient jamais été réalisées ni exposées,
des films seraient demeurés muets et des chorégraphies silencieuses,
des pièces de théâtre n’auraient jamais eu de décor,
des projets d’architecture n’auraient jamais été construits et habités,
des sites et radios Internet n’auraient jamais trouvé un écho mondial,
des articles et des textes n’auraient jamais été écrits ni traduits,
des illustrations et des affiches n’auraient jamais été éditées ni publiées,
des prix et des honneurs n’auraient jamais été décernés,
des jeunes sans direction n’auraient jamais arrêté de déconner,
des artistes reconnus auraient renoncé à une carrière pour rester de piètres employés,
des commerces et cafés du quartier auraient eu beaucoup de peine à traverser les crises,
des amitiés et des collaborations durables n’auraient jamais vu le jour,
des couples ne se seraient jamais rencontrés et des enfants ne seraient jamais nés.

Genève aurait perdu de sa modernité et son expression aurait moins marqué le monde.
Pour beaucoup, la vie aurait été moins belle. Est-ce du luxe? Rien n’est moins sûr.
On peut se contenter de l’art produit ailleurs, devenir purs consommateurs et ne contempler que les autres.
On peut se contenter de l’art formé, expliqué, subventionné et exposé officiellement.
On peut parler de personnes (qui? tous les membres) capables de fabriquer et montrer de la beauté,
en plus d’un travail à temps plein, depuis un coin du salon et seulement jusqu’à 22 heures!

Ou reconnaître que c’est un mythe et qu’on a les moyens de ménager un espace urbain à cet effet.
Après avoir juste toléré l’existence même d’un tel endroit, on s’apprête à en fermer les portes.

L’occasion ne se représentera pas, la création ne fonctionnant pas sur rendez-vous ni par intermittence.
Il faut assurer la continuité de cette association en lui confiant un nouvel espace, ou lui asséner le coup de grâce.
Dans les deux cas, la volonté politique suffit et la responsabilité sera clairement établie.
Il faut cesser d’étouffer voire de criminaliser les créatifs.

pour l’association Database,
Yvan Huberman
Cofondateur, administrateur 2002-2008